Comment l’association Solidarité Maroc 05 s’est lancée « dans » les fours solaires …
Geneviève et André Meunier, de la Bâtie Neuve, nous ont souvent parlé de leur expérience au Mali où ils se rendent régulièrement pour suivre un projet de fours solaires. Nous avons été très intéressés par cette activité que Solidarité Maroc 05 pouvait également essayer de réaliser au Maroc.
A Gap, lors du Forum International du Tourisme Equitable une personne m’a remis une petite carte de visite de l’Auberge familiale de Merzouga.
Notre décision est vite prise : c’est là que nous irons montrer la fabrication et l’utilisation des fours solaires en bois auxquels nos amis les Meuniers nous ont initiés. Contact est pris avec Moha, le sympathique Touareg qui a transformé sa maison familiale en auberge, et qui n’a jamais entendu parler de fours solaires.
En janvier 2009 nous partons donc en fourgon chargé de matériel pour construire des fours, et aussi de vêtements et chaussures que Moha nous a demandés pour les démunis du désert tout proche.
L’expérience est concluante. Moha s’est tout de suite passionné pour ce mode de cuisson écologique et économique, il en parle autour de lui, l’association de menuisiers de Rissani, la ville la plus proche, en fabrique et en vend une douzaine au cours de l’été.
De retour chez nous je consulte sur Internet les différents sites qui proposent d’autres modèles de fours, plus faciles à réaliser…
Première expérience : le « four en entonnoir », en carton d’emballage et papier alu.
Nous en faisons la démonstration à la fête de la Paix à Charance. De son côté Pierre reconstruit son four en bois, démonté et apporté en kit. Beaucoup de spectateurs.
En septembre nous allons à la foire bio d’Embrun où nos fours ont beaucoup de succès.
Un jour sur Internet nous trouvons le même genre de four en entonnoir, mais réalisé avec un pare-soleil de pare-brise, de même taille que le modèle en carton. Idée géniale qui retient notre attention !
Quelques modèles de pare-brise sont essayés, et finalement nous trouvons le modèle idéal, celui de Feu Vert, rigide, réversible, sans pub.
Plusieurs expériences permettent de perfectionner ces modèles trouvés sur Internet. Nous abandonnons l’usage du sachet plastique qui doit isoler le bocal ou la marmite, pour le remplacer par du papier cellophane fixé avec des pinces à linge, plus pratique pour un même résultat. Les attaches parisiennes, parfois trop petites, peuvent être remplacées par des boulons et vis papillons, etc…
Pendant tout l’été, très ensoleillé, une chance ! les essais culinaires se multiplient dans les deux sortes de four. Même si le four en bois, plus solide et plus performant, permet de cuire un gigot, le four en pare-soleil donne d’excellents résultats : riz, pâtes, légumes, gâteaux, pain, viande, compote, etc. Le dessous du pain et des gâteaux ne sont pas assez cuits; solution : une grille permet à la chaleur de chauffer par-dessous et d’éviter cet inconvénient.
L’idée d’utiliser de tels fours dans le désert commence à germer. Je demande à Moha ce qu’il en pense. L’apôtre du solaire est tout de suite enthousiasmé : « On fera la tournée des familles nomades avec les dromadaires et je serai votre guide ! »
En mars, cette année, nous voilà donc repartis avec le fourgon de Henri, bourré de sacs de vêtements, de chaussures, de matériel scolaire,( fournitures diverses, livres, matériel informatique pour le collège de Taouz, demandé par Moha qui est président des parents d’élèves), et une vingtaine de pare - soleil, thermomètres et bocaux d’un litre et demi, et même une mobylette ! Les bocaux, peints en noir, devaient surtout servir à pasteuriser l’eau. Les couvercles à visser sont percés d’un trou qui permet d’introduire la tige d’un thermomètre à viande : 6 minutes à 70° pour pasteuriser l’eau.
Pendant quatre jours inoubliables nous allons nous régaler de rencontres et de paysages somptueux, à travers dunes et plateaux. Les nomades rencontrés sont très intéressés. Si quelques arbres peuvent être préservés nous n’aurons pas perdu notre temps.
Quelque temps après notre retour, Moha, qui remercie toutes les personnes qui ont participé aux collectes, nous écrit
Eh bien, les fours solaires sont très utiles pour la vie nomade ; aujourd'hui à Rissani j'ai rencontré un nomade de Bégaa qui m'a raconté que le four joue un rôle important pour chauffer l'eau pour les ablutions à la mosquée, là où on en a laissé six, car le nombre ne suffit pas pour tout le monde. (avant, il fallait du bois pour chauffer l’eau des ablutions)
De Taloromt d'autres personnes sont venues pour avoir un four, et je leur ai donné l'adresse de l’association des menuisiers de Rissani qui en fabrique d’après vos plans. Un membre de la commune veut en avoir un : même adresse à Rissani.
Bref les fours solaires règnent de plus en plus dans notre région.
Nous remercions tous ceux qui travaillent pour éviter la destruction des arbres.
Les gens ici se dirigent vers l'énergie solaire.
Vive Association solidarité Maroc 05 !
Moha
Depuis, il nous a envoyé la photo du four en bois réalisé par le jeune menuisier du village de Merzouga, à qui, cette année, nous avons laissé les plans du four et quelques plaques offset qui permettent d’en habiller l’intérieur. Nous lui souhaitons beaucoup de clients !
Le maire de Béguédo et le responsable du jumelage Gap-Béguédo m’ont demandé la semaine dernière de leur faire une démonstration avec un très grand pare-soleil. Ils sont repartis, ravis d’emporter ce grand four au Burkina-Faso ! Ceci m’a permis de constater que le grand modèle convient très bien et permet d’utiliser des récipients plus grands.
Depuis notre retour nos sommes parfois sollicités et toujours prêts à accepter les demandes des démonstrations de fabrication de ce four qui se réalise en moins d’une demi-heure, avec très peu de moyens. Pourquoi pas, un jour, à la bibliothèque où est installée en ce moment une petite exposition, avec un four, et un diaporama ?
Marie-Jo Fressard